La SNCF est-elle régie par la Loi de Murphy ?

La SNCF est-elle régie par la Loi de Murphy ?

La Loi de Murphy (ou la loi de l’emmerdement maximum), est celle qui m’a suivi pendant plus de 24h. Bon nombre de journaux et médias en ligne on relayé l’information selon laquelle un train circulait avec un retard de plus d’une dizaine d’heures. Et bien j’étais dans ce train, et je vais vous raconter comment tout cela a été perçu de l’intérieur du train.
Oui, car à l’intérieur nous n’avions pas du tout le même niveau d’information qu’à l’extérieur.

Mais d’abord le départ du train

Je vous épargne mon trajet depuis Diemeringen, car le train de 18h06 qui arrivait à Strasbourg à 19h01 n’a eu que 12 minutes de retard à cause de la neige. Mais je tenais quand même en préambule à préciser que je suis parti du domicile de mes parents sur les coups de 17h25, afin de m’octroyer une marge assez conséquente pour ne pas louper le train qui devait partir pour 20h19 de Strasbourg.

Après une pause dîner au McDo en face de la gare, naturellement blindé de monde, je retourne à la gare et découvre que mon train est annoncé avec un retard de 20mn, puis 30mn, puis 40mn avant d’être enfin annoncé voie 5 où je me rend sans me presser (je laisse la foule passer devant, de toute façon les places sont réservées).
Une fois sur le quai, et la composition du train affichée, je suis surpris de voir que le train démarre à la voiture 23, sachant que je suis voiture 22. Je m’avance donc jusqu’à l’avant du train pour me rendre compte que d’une part les numéros sont tous inversés, l’avant du train allant non pas à Port-Bou, mais à Nice.
Par je ne sais combien de degrés en dessous de 0, je me précipite donc à l’arrière du train en constatant que le dernier wagon est le numéro 23. LOL, ce sketch. Tant pis, je m’installe dans cette dernière voiture. Et c’est là qu’un contrôleur à l’extérieur était en fait en train de recaser les gens de la voiture 22 réellement manquante, dans les autres voitures. Je me retrouve donc dans la voiture 23, place 75 avec d’autres compagnons du wagon 22.

Là on se regarde tous, on se dit « mais quels boulets », mais on est compréhensifs, les erreurs ça peut arriver, ils ont vite réagit et nous ont tous casés dans le train. On aura qu’à dire que celui qui accroche les wagons a bu un coup de trop pour Noël. Et c’est ainsi que le Corail Lunéa pour Port -Bou s’est élancé et que je me suis endormi presque serein.

Et là, c’est le drame…

Il est environ 4h30 quand je me réveille, et le train est à l’arrêt je ne sais trop où. Merci le GPS de l’iPhone, nous sommes à Belfort, et c’est certain, je serai en retard à mon travail.
Pour ceux qui n’y connaissent rien en géographie de l’est du pays (et non des pays de l’est), voici les différentes étapes retracées sur une jolie infographie chipée à LCI qui je l’espère me pardonneront en échange d’un lien vers leur article.

Bon, je ne m’inquiète pas plus que ça pour le moment et en profite pour dormir tant que j’y arrive encore.
A 7h15 environ, nous obtenons enfin des informations via une communication au micro où nous apprenons vaguement notre train subit un retard important (9h de mémoire) en raison de l’absence d’un conducteur, et suite à un incident avec un passager ayant nécessité l’intervention des forces de l’ordre. A 7h20, le train était enfin reparti, et via Twitter, j’apprend qu’un autre utilisateur du réseau social est à bord du train.

… tout s’enchaine

Manque de bol, nous nous arrêterons à la gare suivante, Montbéliard. Au bout d’une demi-heure, on nous informe, qu’un train est en panne devant nous sur la voie et que nous devons donc attendre que celle-ci soit dégagée. Ok, on patiente, mais ça commence à faire long, surtout que nous avons à peine fait 1/4 du trajet.
Pour en rajouter une couche, je suis à court d’eau, et commence à avoir la gorge sèche. Oui, car forcément, les couchettes où les passagers de la voiture 22 ont pris place n’ont pas été équipées du kit « bouteille d’eau + boules Quiès ».

La voie sera enfin dégagée vers 10h et nous repartons, conscients d’avoir été bien ennuyés et que le pire est derrière nous.
On nous rassure au micro en nous disant qu’une cellule de crise avait été ouverte à propos du retard du train (pour étudier notamment les correspondances), et que des plateaux repas allaient être distribués. Effectivement, vers 11h, deux personnels de la SNCF passent dans la voiture et distribuent des boites à chaussures coffrets repas. Et je tiens quand même à souligner la non-chalence de l’un d’entre-eux. On avait l’impression d’être traité comme des prisonniers (ce qui était un peu le cas). Or nous n’avons pas choisi de nous retrouver dans cette galère, et au contraire, du personnel aimable aurait aidé à faire passer la pilule.

Je me jette sur la bouteille d’eau, et commence à grignoter lentement le contenu du coffret. Il est légèrement différent de celui présenté dans mon billet précédent, mais le principe reste le même. Soit, on s’en contentera, depuis notre prison sur rails.

Et là, c’est le drame bis…

Notre train s’arrête vers 13h à la gare de Tournus et on nous annonce que la motrice est en panne et qu’on ne sait pas quand nous pourrons repartir. Il nous est demandé de rester dans le train, et de ne pas ouvrir les portes, car il n’y a plus d’électricité ni de chauffage. Notre survie est en jeu.

Au bout d’une heure, petite délivrance, quand nous apprenons que le bar en face de la gare est prêt à nous recevoir (oui, 600 personnes), et que la SNCF nous offrait une boisson chaude ou fraiche, hors alcool. Tout le monde sort du train, s’y précipite. Nous attendrons 20 à 30 minutes pour avoir notre précieux café (même pas un expresso), puis retour dans le train, car mine de rien, on se pèle à Tournus, ville dont je ne connaissais même pas l’existence, et dont la gare est plutôt jolie.

Gare SNCF de Tournus

Passé 15h30, une nouvelle motrice s’attache à l’arrière du train, puis très lentement, nous fait reculer de 500m environ, puis nous en voyons passer une seconde qui ira vraisembablement s’attacher à l’avant du train. Plusieurs fois, nous allons avancer de quelques dizaines de mètres, sans vraiment savoir de quoi il en retourne, aucune communication n’étant effectuée pour nous rassurer, ce qui peut avoir le don d’inquiéter.
Et tout d’un coup, nous sentons que nous prenons de la vitesse, finissons par dépasser à nouveau la gare de Tournus, et le train filera droit vers Lyon Perrache.

Peu avant d’arriver sur Lyon, une annonce est enfin faite au micro. Les voyageurs à destination de Nice restent dans le train. Ceux à destination de Port-Bou prendront place à bord d’un TGV Duplex qui nous attend à la gare. Nous voyons donc enfin la lumière au bout du tunnel.

Le soulagement

A peine notre train arrivé, tout le monde se rue bien évidemment dehors et monte dans la première voiture venue. Déjà c’est cool, ils ont mis le TGV sur le même quai. Histoire d’éviter la foule, avec mon compagnon d’infortune, nous allons nous caler à l’avant du train, en première classe. Après nous, c’était mérité, et puis il n’y avait vraiment personne dedans.
C’est à partir de cet instant que j’étais vraiment entièrement rassuré quand au fait que j’allais finalement réussir à arriver à Montpellier encore aujourd’hui.

Ce sera l’occasion de recharger un peu la batterie de mon iPhone, étant connu pour sa capacité légendaire, et aussi d’intensifier mes échanges via Twitter, entre autre avec des journalistes du MidiLibre et des Dernières Nouvelles d’Alsace. J’ai ainsi, malgré les coupures réseau, pu leur livrer par téléphone ma réaction à chaud sur tout ce qui venait de se dérouler.

La vie du rail, pendant 24h, c’est comment ?

Le sentiment qui selon moi était bien présent dans ma voiture (et je ne sais pas si cela était différent ailleurs), c’est de la frustration et du dépit. Le manque de communication est flagrant et nous a tous dérangé. Quitte à savoir que nous sommes bloqués pour une durée indéterminée, nous préférons qu’on nous le dise clairement, et en nous disant avec précision ce qui se passe.
En effet, j’ai appris plus de choses sur mon train en lisant Twitter (et notamment @AubinB présent dans le train), Google News, et autres sites d’informations, que de part la SNCF. Le premier article parlant de l’incident, étant celui des DNA.

Notamment l’origine du retard à Belfort qui était (à priori) lié à un conducteur absent, à l’impossibilité de joindre l’astreinte, ayant donc nécessité la venue d’un conducteur depuis Lyon pour acheminer ce foutu train. Car le conducteur au départ de Strasbourg avait effectué son quota d’heures, ayant travaillé 3 jours d’affilée. Il ne pouvait donc continuer pour des raisons de sécurité. En second lieu, l’intervention de la Police avait pour but d’évacuer des passagers ivres qui importunaient d’autres passagers dans le train.

Globalement, j’ai quand même été assez étonné du calme général qui a régné dans ma voiture. La plupart prenant leur mal en patience, s’occupant comme il pouvait: appels à ses proches, SMS, Facebook, Twitter, partager son indignation avec les autres passagers. Quelques jeunes en ont profité pour prendre un apéro bien arrosé et chanter des chansons paillardes (ou à boire), le tout de façon bon enfant.

Et le bilan ?

Au final, je suis arrivé à Montpellier vers 20h. On nous a remis les enveloppes destinées au remboursement du billet.
A fait exceptionnel, indemnisation exceptionnelle. Il nous a été précisé que notre billet sera intégralement remboursé, et qu’en plus on nous offrait un aller/retour vers la destination de notre choix. Il ne reste plus qu’à s’occuper de toute la partie administrative, mais là je peux enfin dire que le plus dur est derrière moi.

Et pour finir sur un note positive, aujourd’hui j’aurai donc :

  • Eu droit à 24h de train, pour pas un rond
  • Un cadeau pour remettre ça dès que possible (pas sur que je sois pressé)
  • Mangé toute la journée à l’oeil (arf)
  • Loupé une journée de boulot (pas sur que ça soit rentable)
  • Gagné 11 followers sur Twitter (wai, je copie un peu @AubinB)
  • Une histoire à raconter à mes enfants (si un jour j’en ai)

Au plaisir de vous raconter la suite s’il y a encore des choses à dire et de lire vos commentaires (je parlerai peut-être de l’action menée par l’avocate présente à bord)…

12 réflexions sur « La SNCF est-elle régie par la Loi de Murphy ? »

  1. Merci du bon commentaire et de votre sympatique filosophie de fin d’annee.
    L’avocate dois finir l’annee sur une bonne note et oublier. Choses qui peuvent arriver, il n’y a pas eu de victimes !

    Amicalement de Buenos Aires.

  2. Salut
    j’étais dans le train aussi, ta review est pas mal du tout, merci ! (j’ai fini à marseille à 21.40 moi… Strasbourg-Marseille 25 h 10 et 15 h 20 de retard !!)

    Pour être complet, je voudrais préciser un truc : en effet au moment de la distribution de cartons repas, l’un des contrôleurs était super énervé (je sais pas pourquoi) on l’a remarqué aussi.
    par contre, à partir de Tournus, il s’est repris et a été très courtois, « efficace » avec ses faibles moyens (le café offert, je crois que c’est une idée à lui). L’autre (barbu) a été cool du début jusqu’à la fin : au final ils ont été très professionnels tous les deux. C’est dit.

    1. @Renato: En effet, pas de victime à déplorer, mais en aucun cas je ne me suis senti en danger. Néanmoins, si je n’avais pas été ravitaillé en eau, ça aurait vite pu devenir bien plus difficile.

      @Philippe: Je vois que tu fais partie de ceux qui ont du continuer leur route dans le train et pour qui le calvaire a un peu plus du durer.
      Merci de cette précision quand au contrôleur énervé. Je suis rassuré de savoir qu’il s’est repris par la suite.

  3. Cette aventure restera une expérience. C’est comme le service militaire : tu en chies sur le moment mais tu garderas les bons souvenirs. Qui plus est, tu vas exploser l’audience de ton blog, grâce à la SeNeCeFe ! Merci qui ? ^^

    1. @Alex : Wai t’inquiètes, de mon côté je l’ai vécu comme une expérience. Pas forcément des plus agréables, mais c’est le genre de choses qui arrivent.
      Et oui, les stats grimpent bien (x10).

  4. Il est dommage que vous n’ayiez pas profité de notre belle ville de Belfort sous la neige mais en pleine journée. Vous avez passé la nuit à Belfort, dans le train, sans même savoir où vous étiez!! C’est dramatique!!
    Vincent, je pense que c’est vous qui nous avez donné votre blog : Super!!! Très bien fait!! mais vous avez dû supporté ces négligences de la SNCF bien plus loin que Belfort!! Si vous êtes skieur, vous pouvez revenir dans notre ville et profiter des équipements du Ballon d’Alsace.
    Ce qui m’étonne c’est qu’avec les hôtels qui cotoyent la gare de Belfort, la direction de la gare n’ait rien fait pour aider les voyageurs de ce train!!Bonne soirée à vous
    Sincères amitiés à vous.

    1. @Jackie : Ah oui c’est certain, il y avait plein d’autres choses à faire à Belfort que de rester enfermé dans un train à quai, en pleine nuit. D’autant plus que je ne connais pas vraiment cette ville.
      Par contre, au moment où le premier incident s’est produit, à savoir l’absence du conducteur, la SNCF était loin de se douter de tout ce qui allait se passer ensuite (enfin j’imagine), et héberger 600 personnes à l’hôtel alors qu’elles dorment sagement dans leur couchette aurait à mon avis été difficile à gérer.

      PS: Je n’ai pas compris cette phrase dans votre commentaire: « Vincent, je pense que c’est vous qui nous avez donné votre blog ».

  5. Philippe encore : en effet la SNCF à minuit en arrivant à Belfort, ne prévoyait sans doute pas de ne pas repartir avant 7 h 30 (soit 6 h 00 pour l’arrivée du chauffeur + 1 h 30 pour l’altercation)
    Des gens se sont plaints de ne pas avoir été informés : personnellement je trouve qu’il aurait été stupide de réveiller 600 personnes pour les avoir toutes en colère sur le quai !
    mais dans la société du tout info d’aujourd’hui, on en est là : des gens se plaignent qu’on les ait simplement laissés dormir…

    PS mon témoignage sur je journal La Provence (web) :
    http://www.laprovence.com/article/region/strasbourg-nice-en-27-heures-une-galere-surrealiste-et-conviviale

    1. @Philippe : Joli témoignage qui résume vraiment bien la situation. C’est bon de rappeler le travail effectué par les 2 contrôleurs et de préciser que la communication était belle et bien effectuée auprès des passagers qui descendaient du train.
      Me concernant, j’ai dormi durant tout ce temps et me suis réellement rendu compte du problème que vers 5h du matin, voyant le train toujours en gare de Belfort.

      @Anne : Je n’ai pas de réponse non plus de la part de l’avocate. Il s’agit de Me Fanny Deetjen. Je vous tiens au courant si j’arrive à trouver son mail, car je ne l’ai pas noté. Ou peut-être passera-t-elle par ici.

  6. Bonjour, je lis avec un certain amusement les réactions des uns et des autres. J’étais dans le train et je n’ai pas eu la chance d’avoir un TGV jusqu’à Marseille mais au contraire nous avons gardé la même vieille bétaillère annulant ainsi tout espoir d’arriver à temps pour mon travail (je devais prendre ma garde à 20h à l’hopital). Avez-vous des infos sur l’avocate qui organise une action? je n’ai pas de réponse de sa part, je ne suis pas sure d’avoir copier la bonne adresse. Merci de me répondre. Amitiés à tous

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